Réussir sa levée de fonds : le défi des entrepreneurs ambitieux

La meilleure métaphore pour “réussir sa levée de fonds” est celle d’un bel arbre : grand, vigoureux, il porte du fruit, donne de l’ombre et soutient une balançoire dont ne se lassent pas les plus jeunes. Adulte, il a une utilité : on peut même imaginer que si on louait son ombre, la balançoire et vendait ses fruits, l’arbre pourrait subvenir à ses besoins.
Qu’en est-il de la tige de 15 cm ? Rien de tout cela et pourtant tout arbre a été une tige de 15cm.

L’enjeu de la finance d’entreprise est le même : assurer de mobiliser des ressources libres (un “capital”) pour permettre à un projet de se développer jusqu’à porter du fruit. Alors, si on prend le cas des actionnaires, ces derniers peuvent se payer sur le fruit ainsi générer. Il faut des ressources pour que les beaux projets prennent vie.
Nous avons déjà expliqué tous les rouages de la finance d’entreprise, dans un premier livre à destination des professionnels non-financiers, si cela vous intéresse.

Ce point posé, savoir quand et comment financer une entreprise revêt un enjeu stratégique difficile à apprendre.
Pourtant, l’entrepreneur qui développe une entreprise valorisant son métier doit analyser quand s’y engager.

Les Etats-Unis sont les spécialistes de ces opérations avec des investissements massifs et des horizons de temps long : en 1997, une entreprise était introduite en bourse et allait lever des milliards de dollars dans un métier sans le moindre avenir, la distribution de livres. L’essor du numérique ne sapait nullement le moral de ces investisseurs, qui regardaient de loin le champion français FNAC fusionner avec Darty en un drôle de mariage (2016).
Mais après avoir appris une logistique éclatée (un seul livre par livraison), sur des millions et des millions de références, et des formats tout aussi variables d’un livre à l’autre, cette entreprise était prête à devenir… Amazon, le leader mondial de la distribution à domicile.

Ramené à l’aune de nos entreprises, ces décisions sont essentielles : un financement trop tardif et l’entreprise peut rater un tournant, mal orienté et l’entreprise peut être à l’arrêt le temps de le rembourser, trop faible et l’entreprise ne fait pas de progrès décisif.

Une croissance forte et rapide s’appuie sur une stratégie audacieuse qui voit des arbres vigoureux grandir très vite. Il leur faudra énormément d’engrais et beaucoup de savoir-faire pour doser et assurer une croissance jusqu’à des sommets.
Sans savoir répondre à toutes les questions, les chefs d’entreprise devront gérer cette étape de la vie de leur entreprise, expression de leur ambition.

Pour réussir sa levée de fonds, il faudra s’investir et savoir s’entourer et se former… ou à tout le moins se documenter.
Bonne chance à vous !

5 conseils essentiels pour réussir sa levée de fonds

Avant toute chose, déterminez ce que vous voulez faire, vous, en tant qu’entrepreneur

Il existe une multitude de sources de financement, quelles que soient les activités, les stades d’avancement, les formes des entreprises. Mais toutes ne seront pas adaptées à votre cas. C’est même pire, même obtenus, certains financements pourraient se révéler des boulets au pied là où ils devraient permettre aux entreprises de prendre leur envol. Un prêt bancaire à remboursement fixe chaque mois quand l’activité de l’entreprise est fluctuante. Un investisseur en capital actif quand l’équipe entrepreneuriale veut garder le contrôle de l’entreprise. Une subvention d’investissement quand la société veut finalement développer un service marchand.
Faibles chances d’obtention à l’entrée, donc perte d’énergie, fortes tensions pendant le financement, donc perte d’énergie, l’entrepreneur doit développer l’entreprise qu’il veut voir croître avant tout, voilà ce que veut vraiment dire “réussir” sa levée de fonds !

Récupérer des financements demande du temps et des ressources : à prévoir

Dans le cas d’un succès de financement, le temps pour obtenir les fonds peut varier de 3 mois (accords bancaires, subventions) à 12 mois (investisseur professionnel), temps mesuré du début des discussions à l’obtention des fonds. Ce paramètre est à prendre en compte pour toute levée de fonds, notamment si celle-ci est critique pour éviter la fin de la trésorerie, il ne faut pas partir trop tard au risque de voir son entreprise s’éteindre avant que les financements prévus ne puissent arriver !
La conséquence immédiate est que le lancement d’une recherche de financement doit aboutir, vite et bien. Tout en ciblant bien à qui demander, quoi et combien (cf. point précédent), il faut mobiliser suffisamment de ressources (humaines notamment) pour arriver à ses fins… sans dépouiller l’entreprise de ses forces vives, elle qui doit continuer à avancer vaille que vaille.
Choisir une personne de l’entreprise dédiée à cette tâche (mais sans doute pas à temps plein) et qui ne soit pas le dirigeant de l’entreprise (au moins au début), permet d’identifier les bonnes pistes, assurer une cohérence de réponses dans le temps et entre les interlocuteurs tout en compartimentant l’impact sur l’activité normale de l’entreprise.

On n’a jamais deux fois la chance de faire une bonne première impression

Les professionnels du financement sont très souvent sollicités et les filtres qu’ils installent en première lecture sont définitifs et sans ambiguïté. Les fonds d’investissement parlent par exemple de critères “durs” d’investissement ; ceux-ci sont des incontournables, il n’y a pas de jugement de valeur, simplement si un projet ne cadre pas avec celui-ci, le fonds ne peut aller plus loin (par exemple, un fonds régional de Bretagne ne financera pas d’entreprise à Marseille).
Si notre exemple semble trivial, le même phénomène se déroule avec l’ensemble de la thèse d’investissement, la connaissance des entreprises déjà financées ou non financées.
L’entrepreneur qui démontre qu’il s’est renseigné sur son interlocuteur, sait ce qu’il apprécie et ce dont il ne veut pas, voire certaines opérations qu’il a déjà fait gagne du temps mais aussi en crédibilité, ce qui reste le facteur essentiel au moment de décider d’un financement. Or si les financeurs écrèment fortement les dossiers qui leur sont soumis, ils sont payés pour financer : des financements auront forcément lieu, la question est “serez-vous dans les derniers retenus”.
L’histoire se sera arrêtée il y a bien longtemps pour ceux qui n’ont pas fait l’effort de se mettre en valeur !

Valorisation et accords de financements procèdent par “caps”, il faut savoir adapter ses financements

Pour évaluer une entreprise structurée, les analystes procèdent à des revues de marché, de technologie, d’équipe… d’états financiers larges sur la base de nombreuses informations disponibles, tant sur l’entreprise que sur le contexte où elle évalue.
Pour les startups (ou les PME en forte croissance), c’est pareil sauf qu’il n’y a pas de données. Les multiples d’un “EBITDA” sont difficilement évaluables et si on commence à prendre une “marge de sécurité”, les résultats sont au mieux fantaisistes.
Les premiers stades de développement d’une petite entreprise se font qualitativement, par des progrès décisifs d’ordre stratégique : la startup vient de réussir là où toutes ses concurrentes continuent à phosphorer sans relâche (et avec des moyens financiers qui s’amenuisent).
Chacune de ces différences stratégique significative est une victoire qui donne de l’espoir pour l’avenir : c’est le moment idéal pour se refinancer… et tenir jusqu’au prochain cap de financement. Entre les deux malheureusement, le moral et les fonds ont tendance à baisser et il faut serrer les dents pour arriver jusqu’à bon port. Bienvenue dans la carrière d’entrepreneur.

Savoir s’entourer tout en gardant la barre

Une entreprise se refinance tous les… 3, 5 ou 10 ans, soit 4 à 6 fois dans la carrière d’un entrepreneur. C’est infime comparé au monde des financeurs qui réalisent de nombreuses opérations chaque année. Difficile de connaître les codes d’une activité financière très spécifique et essentielle à un développement fort de l’entreprise. Dans ce cas, l’aide de tiers pour accompagner l’équipe entrepreneuriale est souvent incontournable, à la hauteur des enjeux : il faut choisir les bons professionnels, pertinents, aguerris et payés au juste prix.
En outre, comme on l’a vu, l’équipe entrepreneuriale peut désigner un de ses membres, hormis le dirigeant de l’entreprise, pour s’atteler à la tâche développant ou entretenant ainsi une compétence à l’intérieur de l’entreprise.
Le chef d’entreprise doit cependant savoir ce qui se passe et comprendre les tenants et aboutissants. D’abord pour savoir à quoi il s’engage, ensuite pour savoir quand déjuger son collaborateur en charge de la recherche de financement (permettant à ce dernier d’être un peu plus agressif sur les termes, au pire il sera dédit par son supérieur – technique de négociation) et enfin parce que c’est lui qui pilotera l’entreprise qui remboursera le financement.
Aucun financeur ne financera d’entreprise sans s’assurer que le dirigeant (ou la dirigeante) comprend ce qui est en train de se passer. Si vous n’êtes pas au point, formez-vous pour réussir votre levée de fonds ! (ou lisez un bon livre sur le sujet)

Foire aux questions : question simple, réponse directe

Combien de temps pour réussir sa levée de fonds ?

Une fois prêt, sans doute trois mois pour obtenir un prêt bancaire. Entre trois et six mois pour une subvention publique (suivant le calendrier d’instruction) et environ six mois pour un business angel (avec un tropisme vers des investissements en fin de semestre, en juin et décembre). Les fonds d’investissement peuvent se positionner assez vite, mais les due diligences et les négociations plus lourdes peuvent faire durer le processus jusqu’à douze mois

Doit-on faire un ou plusieurs plans de financement ?

Un seul plan de financement pour tous les partenaires agrégés dans le tour de financement, qui permettra de passer le prochain cap stratégique. Par contre, il ne faut pas hésiter à présenter ce plan suivant l’angle qui intéresse chaque financeur. La même histoire, mais racontée de façon adaptée.

A partir de quel montant, parle-t-on de levée de fonds ?

Les levées de fonds parlent souvent d’investissement en capital (actions). Les premières opérations significatives qui sortent d’un cadre de connaissances proches des entrepreneurs font quelques centaines de milliers d’euros (seed => la graine est plantée) ; les premiers investisseurs professionnels arriveront à partir de 500k€ et plutôt un million d’euros. Et puis les “tours” (“rounds”) de financement peuvent ensuite se succéder, les anglosaxons, pragmatiques, les nomment alors Series A, Series B, Series C, etc. !

Et si on ne réussit pas ?

Rome ne s’est pas faite en un jour, l’aventure continue. Si les discussions avec les financeurs étaient de qualité, essayer d’apprendre pourquoi cela n’était pas possible et ce qu’il faudrait pour que vous obteniez le financement. Rien n’est joué, vous serez mieux préparé la prochaine fois et cette démarche aura permis de faire connaître votre entreprise.

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